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CHEZ PROUST PAR ESTELLE MONBRUN

Je pensais en avoir fini avec ces gardiennes. Mais j’ai inopinément trouvé ce policier sur la maison de la Tante Léonie.

Le temps n’était guère de saison en ce surprenant matin de 18 novembre. Émilienne dut le reconnaître, alors qu’elle avançait péniblement sur le chemin de halage. Sa sciatique la faisait souffrir. Après plusieurs jours d’une pluie battante, de crues soudaines du Loir et de brouillard sans fin, le soleil avait fait une miraculeuse réapparition, ourlant de traits lumineux les branches désolées des arbres, rosissant les façades des maisons du village. Il allait faire beau.

Je pensais mettre en ligne un texte sur Descartes (la ville & le philosophe), mais cela prend plus de temps que prévu. Et je n’ai pas fini ma petite vidéo sur Henry James à Langeais, ni celle sur Thélème à Ussé, ni Ronsard en son prieuré.

Émilienne secoua la tête avec désapprobation, au moment où elle dépassa le lavoir, en pensant aux « accourus » qui envahissaient périodiquement le village, le même livre à la main, cherchant à retrouver « le parfum de Combray », comme disait la secrétaire du moment.

Du coup non, la maison fait dans le policier, dans l’extrait trouvé sur internet.

Tout semblait normal. Les parterres étaient prêts pour l’hiver. Les dernières feuilles avaient été ramassées la veille par le jardinier. La porte vitrée de l’orangerie était close. On devinait à l’intérieur des chaises en rotin fraîchement repeintes et impeccablement rangées.

J’en découpe quelques extraits

Son regard tomba sur la statue de la petite baigneuse, légèrement déplacée sur son socle, au milieu du parterre principal, et dont le plâtre sali, écaillé par endroits était cruellement éclairé par les premiers rayons du soleil. « Si on ne veut pas que le gel la fasse complètement craquer, il faudrait la serrer à l’intérieur »,

Et voilà la couture.

Estelle Monbrun, Meurtre chez Tante Léonie © Editions Viviane Hamy 1994

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PAYSAGES DE NEIGES & NUAGES D’OCÉAN (notes de lectures)

Je ne sais plus comment j’ai trouvé cette référence -Sylvie Germain en Berry & son Enfant méduse-, il y a quelques semaines.

A la bibliothèque du bourg aux 2 châteaux, je regarde au rayon G et, surprise, je trouve.

Je trouve donc j’emprunte, et je lis. C’est pas drôle, c’est même assez affreux & saisissant (une histoire d’inceste envers une petite fille) mais écrit magnifiquement.

Je reste pour l’écriture & les paysages plus que pour l’histoire…

pour la neige & les nuages d’océan

je lis jusqu’au bout…

jusqu’à la dernière lettre du dernier mot : é.

Ici, pas tant le fond, que la géographie :

l’histoire se déroule au Blanc & environs,

en Berry, le nom du bourg n’est presque pas cité.

Peut-être pas du tout, même, il faudrait vérifier.

Mais il y a Saint-Génitour, nom de l’église du Blanc, y’a pas 3000 église consacrées à ce saint en France, du moins j’imagine.

Et la nature autour.

Par delà les murs du potager s’étendent des champs, des prés, et au loin des forêts. Et il y a aussi les marais. L’histoire de ce pays se confond avec celle des marais, et cette histoire a des airs de légende […]

On entre dans le paysage

Dans les petites villes tout se sait, chacun se délecte de ce qui se passe derrière les murs des autres. En province on a l’art de s’aiguiser des regards en coin et de s’affirmer l’ouïe […].

puis, sans s’en apercevoir, porté par l’histoire,

c’est le paysage qui entre en nous,

(odeurs)

Il y a l’odeur qui monte des marais, douceâtre et entêtante. Il y a aussi celle des vergers où les branches des arbres ploient doucement sous la charge des fruits.

(& sons)

Quelqu’un joue de la flûte. Chaque soir la même mélodie se lève […].

qui nous fait berrichon un moment,

Un jour elle demandé à Lou-Fé si les étoiles avaient une odeur, […].

le temps du livre ;

Un petit pan de ciel vient de s’entrebâiller, là-bas, du côté des marais. Le bleu de la nuit se déchire ; juste un accroc dans l’immensité lisse.

le temps de quelques saisons

Septembre et ses rougeoiements de lumière, […] tièdes et odorants […] octobre […] les arbres déjà se dénudent […] les cerfs et les chevreuils lancent leurs brames rauques […] les étangs évidés où flottent des nappes de brumes […]

on suit la balade.

Cette route est jolie, elle longe les marais puis passe à travers des terres brunes, hérissées de tertres rougeâtres couverts de genêts et de pins. […] Aux abords du village s’étendent des champs d’orge, de blé et de colza.[…] le paysage transfiguré par la neige. Paysage uniforme. Tout est blanc jusqu’aux forêts là-bas.

Mais le Berry n’est pas que le Berry. ‘Berry radio amateur’. Le Berry c’est le monde entendu depuis le ventre de la France.

Il y a aussi une immense carte du monde déployée au plafond ; il l’a collée là faute de place sur les murs […]

Le Berry est une rose des vents partielle :

(Nord) Ainsi la carte du globe où continents, îles, océans ont la même fadeur, la même platitude. […] La ville de Stockholm est éclatée en multiples îles et presqu’îles. La mer s’insinue partout […] (Ouest) Dans ce pays les nuages s’en viennent presque toujours de l’ouest, chassés par les vents atlantiques. Il semble qu’aujourd’hui l’océan ait lancé à l’assaut de la terre d’innombrables troupeaux de nuages gris. (Nord-Ouest) « Je vous parle du bout du monde. » Il résidait en terre de Baffin.

Lucie a grandi, est devenue adulte.

Elle était partie arpenter le globe en tous sens. Elle avait réduit le monde, où elle échouait à trouver une place et un sens, à la seule dimension d’un globe.

Errance, 5 ans durant.

Elle avait vu des choses admirables […]. Elle n’avait rien retenu […] réapprendre à regarder […] Apprendre à effleurer le monde, à le toucher du bout des doigts pour en ressentir la douceur […]

Fuir & revenir.

CHEZ BALZAC & RABELAIS PAR FRANÇOIS BON

Si Descartes a correspondu avec Balzac (pas le bon, le truand … ou plutôt l’académicien). Balzac (le bon cette fois-ci) a correspondu avec Rabelais. Disons à sens unique de correspondance : il l’a revisité dans son fantaisiste ancien français. Balzac cite une 40aine de fois le nom de Rabelais dans plusieurs de ses œuvres, et en bien, en modèle, en inspirateur. C’est ballot, à quelques siècles près, ces 2 voisins auraient pu se croiser. François Bon, qui a bien senti & ressenti ces 2 écrivains peut-être un lien.

Nos fétichismes. Sur cette étroite terrasse de la petite maison verte, à la Grenadière, le vieux banc de pierre, dans le soleil de printemps. Je sais, m’y asseyant, qu’il y a cent soixante-dix ans exactement il a vécu là, s’asseyait là, et que lui sont venues, sous ce ciel et dans ce vent, les pieds et fesses sur ces mêmes pierres, ses intuitions principales. À Saché, la petite chambre déserte et sans caméra, où on vous laisse aller sans guide, et où j’aime m’asseoir longtemps, regarder à la fenêtre, sur l’horizon de bois, avec la vieille pierre rousse de l’église près, derrière le vieux mur du parc, les nuances de lumière. Mais comment entrer plus avant dans son secret.

F. Bon, Notes sur Balzac

On n’arrive plus par Chinon, qu’on contourne par la rocade sous des publicités de vins, et dont on n’aperçoit que le dos d’entrepôts, un centre commercial puis un de ces ronds-points aménagés, une voie ferrée avec les écartements parallèles du triage, des silos à céréales. On repart dans les champs et soudain on vous parque sur un espace défriché au bulldozer, à peine gravillonné. Un alignement très abstrait de sacs poubelles vides sous leurs supports en zinc et un chemin tout neuf, creusé droit, avec des bornes de béton en travers. Au bout, moins un tas de bois, La Devinière est pourtant comme sur les photos partout reproduites dans les manuels. Les quelques salles qu’on visite étaient encore, cet hiver-là, humides et sombres (on devait y faire des travaux). Le musée de toute façon n’est pas riche : gravures, quelques vitrines, des illustrations. Compte plutôt cette harmonie et le vieil art de construire sous l’ardoise, la manière dont l’escalier se joint à l’étage au-dessus de la pièce commune. Compte cette usure inégale des marches, le mot tuffeau, le gravier qui racle et auquel le brouillard fait écho, tandis que se répondent autour une ahurissante multitude de corbeaux. Une société dite des amis de Rabelais vient une fois l’an faire banquet ici, avec « reconstitution ». On vend à la billetterie des cartes postales avec portrait de l’auteur : Érasme a croisé Holbein, Dürer a gravé Luther, mais de Rabelais on ne connaît que des transpositions sans audace et posthumes (dans le musée des visages absents, lui et Villon ont précédé Sade, et la tardive découverte du portrait de Ducasse n’a pas renversé ses portraits imaginaires), rien qui permettrait de projeter sur le visage à gros cou et face un peu ronde, celui qu’on retrouve encore chez tant de gens de la région, et préservé aussi en Basse-Bretagne et Vendée, la force d’énigme et l’énergie qui est celle de l’œuvre.

Des étendues nues d’une terre presque noire, le maïs juste moissonné aux restes de tiges qui pourrissent : les haies renversées par le remembrement (combien de la terre française gaspillée par cette pratique des remembrements que désormais on abandonne : soumettre la vieille terre au soc des machines, c’était, ici, notre histoire qu’on foulait sous les roues des tracteurs). À Seuilly, le dernier des trois bistrots a fermé il y a deux ans.

Mais le géant est bien toujours ici, il passe la tête à l’exact endroit de Thélème. Où commence la forêt, avec ses échelles de fer, sous les vapeurs blanches des échangeurs thermiques, le haut des énormes cubes en gris : la centrale nucléaire. J’y suis monté aussi, en visite d’école, pendant ces trois ans passés à Angers dans les dortoirs de l’école de mécanique. On a créé à Seuilly des cités neuves de pavillons, lotissements dont les rues se croisent en rectangles, pour le personnel. Thélème de béton, déjà vieillissante.

Ce qu’il y a de si rare dans cet endroit, et qui aurait passé dans l’œuvre, l’expliquerait peut-être avec intimité, c’est son acoustique : le moindre bruit quelque part est de partout perceptible. À cause peut-être de ce relief très léger où tout s’incurve vers les lignes encore blanches des vieilles ogives blanches dressées en contrebas (vendues après la Révolution, comme Maillezais, à un carrier qui n’a laissé que les arêtes), et rend tout des alentours visible depuis n’importe lequel de ses points de vue : oui, la scène rêvée d’un théâtre de nature. Plus haut sur la gauche, une tour en ruine où ceux d’ici localisent Grandgousier, ce qui peut-être n’est pas nécessaire (la commune d’à-côté montre aussi un tas de pierres qui pourrait convenir) : ce seul pigeonnier qu’on aperçoit pourrait facilement, à échelle des jeux d’enfants, devenir suffisante forteresse que les proportions du géant restaurent. Gargantua ne décrit presque pas, l’effet de réalité est tout entier dans sa parole, se suffit de ce qui contente une imagination d’enfant, mais se grandit jusqu’à la restaurer dans le monde. Sur la terre remembrée et noire, c’est ce silence d’aujourd’hui qui surprend, à moins d’une Mobylette qui s’éloigne. Il n’y a plus rien, plus per- sonne, que ces corbeaux qui tournent, et le fracas trop souvent d’avions de guerre en exercice (au nez rouge identifiant la base de Tours), passant ras au-dessus du fameux « clos de Seuillé » : dans le fracas de l’objet gris on n’existe plus, comme pour une démonstration faite exprès.

Il faut aller y voir, et s’y recueillir. Comme à Combourg, on voit là surtout des Japonais et des cars du troisième âge. Mais la gardienne du musée prouve une connaissance exceptionnelle, rare et bien humaine, de Rabelais, qui sait rendre à qui lui donne.

Trop rares sont ces endroits, où un livre et sa terre se confondent.

FRANÇOIS BON | POUR LIRE RABELAIS

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ACTIVITÉS DE MARS

Voilà la liste des statuts déposés en mars sur mon profil Livre au Centre


“étudier la carte de la région Centre, les horaires des musées & maisons d’écrivains, tâter le terrain, palper le territoire, organiser des virées.”


“imaginer un récit de voyage qui fait le tour de la région, sautant de maison en maison, de Balzac à Balzac en passant par Monfreid / Sand / Alain-Fournier / Audoux / Jacob & Genevois / Sue & Ronsard à Talcy / Proust / Musset & Ronsard à la Possonnière & à Saint-Cosme”

“piquer l’idée des Monty Python ‘résumez La Recherche du temps perdu en 15 seconde’ et l’adapter pour une invitation à l’écriture (au résumé) en ‘résumez Du côté de chez Swann, Le Lys dans la vallée, Gargantua … en 2 lignes’.”

“ressortir Les Cathédrales de France de Rodin et voir ce qu’il dit sur son passage dans le coin (Chartres, Beaugency…).”

“téléphoner pour visiter la maison de Max Ernst à Huisme, et voir ce qu’a pu écrire l’artiste.” (http://maison-max-ernst.org/)

“Passé à Saint-Cosme prendre l’air printanier du lieu. Y ai Fait 2 dessins et noté les bruits & les pensées.”

“descendu (en passant par Azay le ”diamant serti par l’Indre” pour faire un dessin au feutre-pinceau chinois) jusque Descartes, fait un autre dessin dans un genre plus fin de la maison natale du philosophe. Aurais bien acheté la correspondance de Descartes avec de Balzac (Guez), mais il n’y avait pas.”

“Ai commencé à mettre en place des ateliers d’écritures ((LIEU) échauffement / (PAYSAGE) Exercices de descriptions / (DÉPLIER LA CARTE) Exercice d’imagination) pour la bibliothèque du bourg au 2 châteaux & pour des collégiens.”

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LA VIE DE CHÂTEAU (tentative d’épuisement du musée Balzac)

La vie de médiateur, le musée de l’intérieur en historiettes & en dessins. Tentative d’épuisement du musée Balzac de Saché.

Loran Bart a fait fonctionner la presse typographique de Saché, il était content, les gens aussi, Balzac aussi, même si L. a mis moult tentatives à sortir un truc propre.

De la fenêtre, l’oeil embrassait la vallée depuis la colline où s’étale Pont-de-Ruan, jusqu’au château d’Azay, en suivant les sinuosités de la côte opposée que varient les tours de Frapesle, puis l’église, le bourg et le vieux manoir de Saché dont les masses dominent la prairie. En harmonie avec cette vie reposée et sans autres émotions que celles données par la famille, ces lieux communiquaient à l’âme leur sérénité. (Le Lys dans la vallée)

Loran Bart a fait une visite guidée avec 25 ou 30 personnes et les a fait rigoler un peu en disant que Balzac voulait faire une plantation d’ananas en région parisienne.

Loran Bart est allé à Saché de façon impromptue, a regardé le soleil se refléter sur la cloche qui appelait Balzac à dîner et a vu l’écureuil passer au loin.

Loran Bart n’a R.A.S sinon qu’il a fait 1 visite : 9 personnes, 1 ado qui a quand même acheté un ‘Lys’ alors qu’il semblait parfois peu attentif (I can get so satisfaction).

Le comte me fit admirer la vue de la vallée, qui, de là, présente un aspect tout différent de ceux qu’elle avait déroulés selon les hauteurs où nous avions passé. Là, vous eussiez dit d’un petit coin de la Suisse La prairie, sillonnée par les ruisseaux qui se jettent dans l’Indre, se découvre dans sa longueur, et se perd en lointains vaporeux. Du côté de Montbazon, l’oeil aperçoit une immense étendue verte, et sur tous les autres points se trouve arrêté par des collines, par des masses d’arbres, par des rochers. (Le Lys dans la vallée)

Loran Bart a répondu à “Et Eugène Sue est entré à l’Académie ? Parce que ce n’était pas terrible ce qu’il écrivait” & “vous me conseillez quoi pour commencer Balzac ? Parce que je ne suis pas un spécialiste” & “Balzac a t-il eu des enfants ?” & “Il faut multiplier par combien pour avoir l’équivalent Francs de l’époque / Euros ?” & aussi une fillette de 9 ans disons qui a écouté la visite d’un bout à l’autre et qui a adoré.

Loran Bart a, fermant les volets du château, observé un escargot qui montait sans rappel l’une des fenêtres du premier étage (soit à environ 5m du sol & 10m de la zone d’herbe la plus proche, comment est-il arrivé là le bougre ?).

Loran Bart est reconnu sortant du château de Langeais par 4 belges : – Vous travaillez à Saché (dit l’homme à lunettes); – oui et le soir je fais des heures sup au château de Langeais (répondis-je pince sans rire) – Ah, vraiment (reprit le belge) – Non, je plaisante (précisais-je) – Ah, ah, ah !!! (s’amusa le belge)

En gravissant une crête j’admirai pour la première fois le château d’Azay diamant taillé à facettes serti par l’Indre monté sur des pilotis masqués de fleurs. Puis je vis dans un fond les masses romantiques du château de Saché mélancolique séjour plein d’harmonies, trop graves pour les gens superficiels, chères aux poètes dont l’âme est endolorie. Aussi, plus tard, en aimai-je le silence, les grands arbres chenus, et ce je ne sais quoi mystérieux épandu dans son vallon solitaire ! (Le Lys dans la vallée)

Loran Bart voudrait parler de Rabelais & de Butor, de Cendrars & de Kenneth White aux visiteurs du musée Balzac ; mais ceux-ci sont venus pour évoquer Balzac, alors L. parle de Balzac.

Loran Bart est parvenu, après de nombreuses tentatives, à cette conclusion : la voix du Père Noël n’est pas compatible avec l’accent marseillais. Tant pis pour l’école maternelle qui vient suivre la promenade contée de mardi !

Loran Bart vous propose d’imaginer : vous vous apprêtez à évoquer La course au clocher académique (lithographie) de Roubaud (Benjamin) où on voit Hugo coiffé de Notre Dame de Paris, Balzac grassouillet, de Vigny impatient et Dumas résigné. Imaginez donc cela et là vous entendez {bloung} et voyez un homme relever la tête se tenant le front. Ah que les vitrines du musée sont (trop) propres !

Loran Bart est épuisé après avoir fait 4 ateliers imprimerie (fait remarquer quelques bourdons – raconté quelques piaux, parlé de la lyre – du marbre – de la platine – et du barreau…), rangé l’atelier imprimerie, appuyé sur le bouton de la photocopieuse pour préparer les futurs ateliers, préparé sa visite tactile pour les malvoyants venant demain !!!

Pour aller au château de Frapesle, les gens à pied ou à cheval abrègent la route en passant par les landes dites de Charlemagne, terres en friche, situées au sommet du plateau qui sépare le bassin du Cher et celui de l’Indre, et où mène un chemin de traverse que l’on prend à Champy. Ces landes plates et sablonneuses, qui vous attristent durant une lieue environ, joignent par un bouquet de bois le chemin de Saché, nom de la commune d’où dépend Frapesle. (Le Lys dans la vallée)

Loran Bart ne doit pas oublier de prendre le tableau du trajet fait à pied par Félix au début du Lys (trajet fait aussi par Balzac à l’époque, quand M. de Margonne ne voulait pas aller le chercher à Tours) pour le jeu de piste de demain.

Saché est un débris de château sur l’Indre, dans une des plus délicieuses vallées de Touraine. Le propriétaire, homme de 55 ans, m’a fait jadis sauter sur ses genoux, il a une femme intolérante et dévote, bossue, peu spirituelle, je vais là pour lui, puis j’y suis libre, l’on m’accepte dans le pays comme un enfant, je n’y ai aucune valeur, et je suis heureux d’être là comme un moine dans un monastère. (Honoré de Balzac, Lettre à Mme Hanska, mars 1833)

Loran Bart a toisé Napoléon et Louis Philippe dans le salon.

Loran Bart a été ralenti (et mis en retard) en allant au boulot par un défilé de vieilles voitures agricoles. Pas content il a klaxonné à chaque fois que la vitesse descendait au dessous de 50 à l’heure (c’est à dire souvent) et mis la musique à donf dans la vieille AX. L. convient qu’il n’est pas tous les jours très sociable !!!

Loran Bart a rougi quand, au milieu de la visite, une dame a dit devant tout le monde que si on lui avait présenté Balzac de cette façon à l’école elle se serait passionnée pour cet auteur. Il y a des jours où L. réussit sa médiation !

M. Margon[n]e, que j’ai rencontré, m’a offert de venir faire des pièces à Saché 1; ce qui n’est pas de refus, car je serai sans souci de la vie matérielle, et avec le chemin de fer, j’irai à Paris en 6 heures. (Lettre à Madame Hanska – Paris, lundi 17 – jeudi 27 avril 1848)

Loran Bart oublie que le 14 juillet est férié (puisqu’il travaille…)

Loran Bart a un peu raccourci sa visite pour l’été, histoire de donner plus de dynamisme au tout et histoire de ne pas assommer des visiteurs souvent déjà un peu mis KO par la chaleur (d’autant qu’il y fait chaud, chaud au 2è étage ; par contre la salle Rodin est fraîche, fraîche : ce sont les anciennes cuisines).

Loran Bart , pour raccourcir donc, à coupé H2B & le papier peint, G. Sand, David D’Angers, Dantan, raccourci le temps confiné dans le cabinet des manuscrits, dans la salle des lieux d’écriture, pour pouvoir aller plus rapidement s’installer devant le pliosophe installé dans la chambre de Balzac et prendre ainsi l’air avec les visiteurs.

Loran Bart trouve vaniteux le fait de faire des visites guidées et d’être le centre d’attention de 15-25 personnes pendant 1h (une sorte de mini show, et d’autosatisfaction lorsque les visiteurs font des compliments à la fin). Mais c’est bien, cette vanité.

« Je pars pour Saché, parce que, quoi qu’on fasse, les agitations de la rue et de la politique agissent sur vous, à Paris ; on n’y a pas le calme de l’esprit, […] il faut sortir, on va au spectacle, on voit des amis sur le boulevard, on cause […] ! à Saché, rien de tout cela. Je serai devant ma besogne, sans distraction.» (Lettre à Madame Hanska – Paris, mardi 30 mai – vendredi 2 juin 1848)

Loran Bart a dû improviser quand, dans le cabinet des manuscrits (la pièce la plus sombre (puisque sans fenêtre) du château, le courant a été coupé (à cause de l’orage ?). L. a commencé par dire “Tiens !” -bref retour du courant- puis a demandé aux visiteurs d’imaginer l’édition Furne de la Comédie Humaine -re-bref retour du courant- L. a incité les visiteurs à jeter un oeil rapidement au Furne corrigé- retour définitif du courant.

Loran Bart s’est amusé de la réplique d’un visiteur : comme L. évoquait le paysage, la vallée de l’Indre, les modèles de Frapesle & Clochegourde (situés de part et d’autre de la vallée), le fait que les châtelaines (selon H2B) pouvaient se faire signe depuis leurs fenêtres ; comme L. précisait, goguenard, qu’il fallait néanmoins de bon yeux à ces dames, un petit homme en t-shirt sombre a rebondi : – ou alors de grands bras !!!

Loran Bart aime dire, lorsque des visiteurs arrivent en retard pour la visite guidée et qu’il leur montre un raccourci par l’escalier en vis pour la rattraper, “vous montez jusqu’au premier et vous suivez la voix”.

Loran Bart, en surveillance au premier étage, a talki-walké sa collègue (alors à la boutique) pour lui dire de regarder une biche broutant aux confins de l’ombre portée des “arbres centenaires” ; mais la collègue, trop petite, n’a pas pu voir la biche brouteuse.

Hier, n[ous] sommes arrivés à 6h ½, après être partis de Tours à 3h. ½ près de 4 heures, n[ous] avons dîné, fait un whist, […]; je me suis couché à onze heures, et ce matin, je suis allé dès 7 heures me promener, respirer l’air natal à pleins poumons et j’ai éprouvé le premier plaisir que j’ai[e] eu depuis Wierzchownia (vos lettres à part, car c’est plus que le plaisir), cela m’a fait un bien positif […]. Je viens de m’établir dans ma petite chambre, cette petite chambre où je vous ai tant écrit, où j’ai pensé à vous ; et mon premier soin est de vous écrire encore, au lieu d’aller à la messe, au grand scandale de la population femelle de Saché qui se compose de Mlle Alix et de Mme Donnadieu. J’attends le déjeuner […]. (Lettre à Madame Hanska – Saché, samedi 3 – mardi 13 juin 1848)

Loran Bart a reçu, à 16h57 à la boutique, un “Bonjour madame” qui lui était adressé : L. devrait penser à revoir son look…

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5 – Invitation à l’écriture autour du résumé des classiques

Proposition : résumer un classique en 200 caractères

Les Monty Python, dans un de leurs sketches, proposent de résumer La Recherche du temps perdu en 15 secondes.

Voice Over: Good evening, and welcome to the Arthur Ludlow Memorial Baths, Newport, for this year’s finals of the All-England Summarize Proust Competition. (pull back slightly to reveal big banner across the top of the stage: ‘Alll-England Summarize Proust Competition’) As you may remember, each contestant has to give a brief summary of Proust’s ‘A La Recherche du Temps Perdu’, once in a swimsuit and once in evening dress.

Sketch & Script du sketch

A l’inspiration des Monty Python, résumez  en 200 caractères maximum (au choix (ou tous), grande mansuétude) l’un de ces romans du Centre  :

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Le Lys dans la vallée (H. de Balzac)

Du coté de chez Swann (M. Proust)

Le Grand Meaulnes (Alain-Fournier)

Raboliot (M. Genevois)

Gargantua (F. Rabelais)

La Petite Fadette (G. Sand)

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CHEZ BYRON & NAPOLEON PAR HONORE DE BALZAC

Du balcon en Touraine, regarder le monde, voir les montagnes,et  Milan, Turin, Florence & Naples derrière.
L’époque du grand tour, des voyages en Italie. Balzac ne fait pas le grand tour, le tour-iste comme le préfigure Stendhal, mais va plusieurs fois en Italie ; avec passage obligé par la Suisse. Ou par la Corse & la Sardaigne, c’est selon. C’est Byron ou Napoléon. Il visite au passage, évoque dans son roman la villa Diodati, évoque dans une lettre la maison natale de Napoléon.
Du balcon en Touraine, c’est presque l’été, 174 ans après la Corse, jour pour jour, à 2 près.

- Oui, monsieur. Notre lac est si beau ! Lord Byron y a demeuré il y a sept ans environ, à la Villa-Diodati que maintenant tout le monde va voir comme Coppet, comme Ferney.
- Vous ne pourriez pas savoir s’il est venu, depuis une semaine, un libraire de Milan et sa femme, un nommé Lamporani, l’un des chefs de la dernière révolution.
- Je puis le savoir en allant au Cercle des Etrangers, dit l’ancien bijoutier.
La première promenade de Rodolphe eut naturellement pour objet la Villa-Diodati, cette résidence de lord Byron à laquelle la mort récente de ce grand poète donnait encore plus d’attrait : la mort est le sacre du génie. Le chemin qui des Eaux-Vives côtoie le lac de Genève est, comme toutes les routes de Suisse, assez étroit, mais en certains endroits, par la disposition du terrain montagneux, à peine reste-t-il assez d’espace pour que deux voitures s’y croisent.

(Albert Savarus)


J’ai beaucoup souffert, surtout sur mer, mais me voici dans la ville natale des Napoléons, me donnant à tous les diables d’être obligé d’attendre la solution de mon problème à vingt heures de distance du problème. Il ne faut pas songer à aller par la Corse, au détroit qui la sépare de la Sardaigne, car la route de terre est longue, dangereuse et dispendieuse en Corse et en Sardaigne. Ajaccio est un séjour insupportable, je n’y connais personne, et il n’y a d’ailleurs personne. La civilisation y est comme au Groënland, les Corses aiment peu les étrangers. J’y suis comme échoué sur un banc de granit, allant voir la mer, revenant dîner, déjeuner, voir la mer, me coucher et recommencer, n’osant pas me mettre à travailler, car à tout moment je puis partir, et cette situation est l’antipode de mon caractère, qui est toute résolution, toute activité. Je suis allé voir la maison où est né Napoléon, et c’est une pauvre baraque. D’ailleurs, j’y ai rectifié plusieurs erreurs.

H. de Balzac, l. à Mme Hanska, Ajaccio, 26 mars 1838

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VICTOR HUGO / HÔTEL DE ROHAN GUÉMÉNÉE ou portrait de la maison d’écrivain en appartement // BLOIS ou portrait de l’écrivain en tourageau

On parle souvent des maisons d’écrivains, jamais des appartements d’écrivains. Peut-être parce que l’écrivain passé à la postérité à les moyens de se payer une maison, ou préfère fuir Paris (où on habite en appartement, forcément). Pourtant (hors zone, certes, mais en région Centre, il n’y en a pas beaucoup des appartements d’écrivains) :

La photo est floue,

prise à la va vite

Les photos étaient interdites dans la maison

me semble-t’il.

Mais on y soupçonne bien les décors chargés qu’affectionnait Victor Hugo. (Continued)

LA SIMPLIFICATION DU PAYSAGE (au pays de Loire)

(Force est de regarder)

qui dessine est forcé de regarder

La Loire, cette veine aorte de la France!

vue d’ensemble

Fleuve de lumière, de vie doucement heureuse!

puis vue des détails


qui dessine est forcé de regarder,

Ce gris fin, ce gris doux de la Loire sous les nuages,

ces toits gris de la ville, ce pont gris de vieille pierre…

Un soleil irrésolu éclaire capricieusement le paysage.

d’entrer dans le paysage

de se l’approprier

La Loire en écharpe, en ruban d’argent s’éteint dans le sous-bois

des saules et des peupliers; verdures au premier plan.

Dans la prairie, ces forteresses de peupliers!

d’en choisir le point de fuite

La simplification du paysage par le brouillard,

où se fondent les prairies, les verdures,

produit des effets grandioses.

d’en choisir des lignes de force

(force est de regarder)

qui dessine, des fois arrange

(Blois)

La netteté dans la modestie : Blois

qui dessine, des fois ajoute

(Blois, suite)

Il y a, à Blois, une rue si gracieuse,

à la voir en raccourci, qu’on a,

de ce point de vue, la sensation d’un monument.

car, si l’on suit Balzac :

« La mission de l’art

n’est pas de copier la nature

mais de l’exprimer ! »


Les extraits d’Auguste Rodin viennent de là : Les cathédrales de France (éditions Omnia)

et

les illustrations viennent de : par là

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CHEZ WILLIAM BUTLER YEATS PAR KENNETH WHITE

Tout d’abord (après les anecdotiques de l’adolescence // avant Butor / Perec / Gracq / Handke) : Kenneth WHITE et sa GÉOPOÉTIQUE. En commençant par La route bleue récupéré(e) dans les toilettes du père. Peut-on avouer à un auteur que l’intérêt pour son œuvre nous est né dans des waters ? Puis descente dans tous les ‘Kenneth White’ de la maison, en continuant la ballade par le Japon et Les Cygnes sauvages et par Glasgow avec les poèmes urbains d’En toute candeur. L’esprit nomade pour se nourrir de philosophie voyageuse, avant qu’un rayon de la bibliothèque municipale me propose l’isolement vallonné des Lettres de Gourgounel. Mais ce sont les géo-poèmes qui m’ont inspiré : Les rives du silence, Le passage extérieur, Limites et marges. Par la suite, je me suis mis à écrire des haïku un peu partout, dans des carnets, sur des feuilles volantes, dans les marges des journaux… (J’achetais Mahamudra, mon préféré peut- être) …des poèmes un peu plus longs… Un Rivage inégal … piquant une de ses dédicaces pour en faire le titre de mon blogs Les Lignes du monde. Et de Kenneth White à Yeats…

Je me promenais ce printemps-là (1964 ?) sur la côte ouest de l’Irlande. Arrivé à Galway par un matin de pluie, trempé jusqu’aux os, je me suis installé dans une chambre d’auberge avant de demander le chemin de Ballylee, que je ne voulais pas manquer de saluer, ne serait-ce qu’en passant. Il pleuvait le lendemain matin aussi. Mais il peut y avoir une jouissance dans une telle grisaille, et ce fut non sans une certaine exaltation que j’ai suivi le chemin bordé de haies ou de murets en pierraille qui mène de Galway à Ballylee. Je m’attendais à trouver une tour désolée, envahie par les ronces. Quelle ne fut donc pas ma surprise de trouver dans les lieux une femme, la représentante du Bureau du tourisme, enveloppée dans des lainages et pelotonnée contre un radiateur électrique.

A l’époque (j’ignore quelle est la situation actuelle), la maison ne contenait aucune relique de Yeats, mais la maison même et son entourage me suffisaient. Comme si Yeats était arrivé enfin au bout de lui-même, et qu’il était tout cela.

Kenneth WHITE, Le lieu des solitaires, Actes des premières Rencontres des maisons d’écrivain (1996)

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